Osidimbea.cm Douala et la Technologie Travail des métaux

Douala et la Technologie — Secteur

Travail des métaux

Du fer forgé artisanal à l’aciérie industrielle, de l’aluminium électrolytique d’Edéa aux futures bobines de Proalu : Douala est le centre névralgique de la métallurgie d’Afrique centrale, une position confortée par Prometal — seule entreprise d’Afrique subsaharienne hors Nigeria à disposer d’un four à arc électrique.

1954 ALUCAM créée
2010 Prometal fondé
255Mds FCFA investis Prometal
230 produits acier Prometal

Trois métaux structurent l’histoire industrielle de Douala. Le fer, présent dès l’artisanat le plus ancien, qui connaît sa grande rupture avec Prometal et le four à arc électrique. L’aluminium, dont la filière intégrée — d’ALUCAM à ALUBASSA en passant par SOCATRAL — est l’une des plus complètes d’Afrique centrale. Le verre, enfin, dont la transformation locale reste artisanale et commerciale, mais dont les usages se diversifient avec l’impression UV et l’architecture moderne.

Toutes ces technologies sont importées. Ce qui est remarquable à Douala, c’est la manière dont des acteurs privés camerounais — la SCTM dès 1986, Prometal dès 2010 — ont su s’approprier des technologies industrielles lourdes, progressivement maîtrisées jusqu’au seuil de l’excellence sous-régionale.

⚔  I. Le fer et l’acier

1884 — 1960 Le forge artisanale, la ferronnerie et le soudage colonial

La forge artisanale précède la colonisation dans les sociétés camerounaises. La colonisation introduit la ferronnerie européenne et les premiers postes à souder. Le fer importé d’Europe remplace progressivement le fer de réduction locale.

🔌  Les technologies de l’ère
La forge à la main et le soufflet de forge (savoir-faire local)

Le forgeron traditionnel chauffe le métal au-delà de son point de recristallisation (autour de 900-1100°C pour le fer doux) dans un foyer alimenté par un soufflet artisanal. À cette température, le métal devient plastique et malleable. Le forgeron le martèle sur l’enclume pour lui donner la forme souhaitée — outil, arme, parure. Le refroidissement brusque (« trempe ») dans l’eau durcit le métal. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération, est l’origine de tous les métiers du fer à Douala.

Le soudage à l’arc électrique et le chalumeau oxy-acétylène (importés)

Le soudage à l’arc électrique (procédé Meneuse ou à électrode enrobée) crée un arc électrique entre l’électrode et la pièce à souder. La chaleur dégagée (jusqu’à 6000°C) fond localement les deux pièces et l’électrode, qui se dépose en bain de fusion. En refroidissant, la soudure crée un joint métallurgique. Le chalumeau oxy-acétylène utilise la combustion du mélange oxygène-acétylène (3200°C). Ces deux technologies, importées d’Europe par l’administration coloniale, sont rapidement maîtrisées par les ferronniers et chaudronniers doualais — ouvrant la voie aux fabrications métalliques locales.

La chaudronnerie artisanale : portails, grilles, brouettes (adaptée localement)

Dès les années 1940-1950, des artisans doualais maîtrisent les techniques de soudage et de découpe pour produire des biens utilitaires à partir de tôles et de profilés importés : portails, grilles de fenêtres, brouettes, charrettes, outils agricoles. Ces ateliers artisanaux de Bonabéri et de la zone industrielle naissante constituent les premiers acteurs locaux de la transformation métallique à Douala.

Impact à Douala

La maîtrise du soudage par les artisans doualais est une rupture fondatrice. Elle permet de fabriquer localement ce qui était importé, créant les premières PME métalliques de la ville et formant les compétences qui alimenteront les futures industries.

1960 — 1999 SCTM et la première industrie métallique camerounaise

En 1986, des nationaux camerounais créent la SCTM à Bonabéri — première entreprise camerounaise à maîtriser industriellement l’emboutissage métallique. La soudure MIG/TIG et le découpage plasma entrent dans les ateliers.

🔌  Les technologies de l’ère — importées, maîtrisées industriellement
L’emboutissage à la presse hydraulique (importé, maîtrisé par SCTM)

L’emboutissage consiste à déformer un flan métallique plat en une pièce creuse tridimensionnelle à l’aide d’une presse hydraulique. Un poinçon entraîné par la presse repousse la tôle dans une matrice de forme complémentaire sous plusieurs centaines de tonnes de pression. La SCTM maîtrise ce procédé dès 1986 pour la fabrication de bouteilles de gaz GPL — deux demi-coques embuties et soudées. Elle est la première entreprise camerounaise à fabriquer industriellement des bouteilles de gaz, mettant fin à leur importation totale.

La soudure MIG/TIG et le découpage plasma (importés)

La soudure MIG (Metal Inert Gas) utilise un fil-électrode continu alimenté automatiqu­ement, protégé par un gaz inerte (argon, CO2) qui évite l’oxydation du bain de fusion. Elle est plus rapide et régulière que la soudure à électrode enrobée. La TIG (Tungsten Inert Gas) utilise une électrode de tungstène non fusible : le métal d’apport est ajouté séparément, donnant des soudures de très haute qualité sur métaux minces et inox. Le découpage plasma projette un jet de gaz ionisé à très haute température et vitesse sur le métal, le fondant et l’éjectant. Ces technologies élèvent la qualité des fabrications métalliques doualaises.

Le laminoir à chaud : production de profilés métalliques (importé)

Le laminage à chaud defórme l’acier au-dessus de sa température de recristallisation par passage entre des cylindres rotatifs sous forte pression. Chaque passe réduit l’épaisseur et étire le métal. Une série de passes successives avec des calibres différents produit les profilés standard : fer à béton, cornières, poutrelles IPE. Cette technologie, importée d’Europe et bientôt maîtrisée par Prometal, est le fondement de l’autonomie sidérurgique.

Acteur clé

SCT
SCTM — Société Camerounaise de Transformation Métallique (1986)

Créée en 1986 à Douala Bonabéri par des nationaux camerounais. Capital d’un milliard de FCFA. Première entreprise camerounaise à fabriquer des bouteilles de gaz GPL par emboutissage. Entre en distribution de gaz en 1990 et devient leader du marché (45% en 2009). Environ 1 600 emplois. Six agences nationales.

Fiche en préparation
Impact à Douala

La SCTM démontre qu’une entreprise camerounaise peut maîtriser une technologie industrielle lourde et en faire un avantage concurrentiel national. Elle pose les bases de la confiance que Prometal amènera à un autre niveau deux décennies plus tard.

2010 — aujourd’hui Prometal : le fer made in Cameroun et le four à arc électrique

Fondé en 2010 dans la zone industrielle de Bassa, Prometal devient en 13 ans le leader africain de la transformation de l’acier en Afrique centrale — et l’un des deux seuls groupes d’Afrique subsaharienne hors Nigeria à disposer d’un four à arc électrique.

⭐  Prometal Groupe : 5 usines, 230 produits, une seule vision

Fondé par Hayssam El Jammal, Prometal a investï 255 milliards de FCFA dans la zone industrielle de Bassa à Douala, créé 2 750 emplois et produit une gamme de 230 produits à base d’acier. Ses cinq usines (Prometal 1 à 5) couvrent la totalité de la chaîne — de la ferraille recyclée au produit fini. Ses marques couvrent l’acier (Prometal A), la construction préfabriquée (Profab), le gaz (Progaz), la climatisation (Tropic) et le petit outillage (Tik).

La rupture technologique majeure : le passage du four à induction au four à arc électrique. Le four à induction chauffe la ferraille par induction électromagnétique — efficace mais limité en capacité. Le four à arc électrique (FAE) — utilisé dans la sidérurgie mondiale depuis les années 1960 — fait fondre la ferraille par un arc électrique direct entre des électrodes de graphite et la charge. Les températures atteignent 1600-1800°C. La capacité de production et la qualité métallurgique du FAE sont sans comparaison avec le four à induction. A ce jour, seuls le Cameroun et le Nigeria disposent de cette technologie en Afrique subsaharienne.

Prometal a fourni ses matériaux pour les grands projets structurants du Cameroun : le deuxième pont sur le Wouri, les stades de Japoma (Douala) et Olembe (Yaoundé), le barrage de Lom Pangar, et plusieurs autoroutes.

🔌  Les technologies de l’ère
Le four à arc électrique (FAE) : technologie de pointe sidérurgique (importée)

Dans le FAE, trois électrodes de graphite (pour courant triphasé) plongent dans le four chargé de ferraille. L’arc électrique entre les électrodes et la charge porte la ferraille à plus de 1600°C en quelques minutes. Des agents d’alliage (ferrom­anganèse, ferrosilicium) sont ajoutés pour obtenir les qualités mécaniques souhaitées. L’acier liquide est coulé en lingotières ou coulee continue. La billette obtenue est ensuite réchauffée et laminée à chaud pour produire les profilés. La consommation électrique est très élevée (300 à 500 kWh/tonne) — ce qui rend cette technologie rentable seulement au-delà d’un certain volume de production.

Le fer à béton FeE400/FeE500 à haute limite d’élasticité (importé, produit localement)

Le fer à béton FeE400 (limite d’élasticité minimale 400 MPa) et FeE500 (500 MPa) sont les aciers de renforcement du béton armé. Leur surface est nervurée (empreintes en relief) pour maximiser l’adhérence avec le béton. Prometal produit ces deux grades conformes aux normes NF/EN, garantissant que les constructions camerounaises bénéficient d’un renforcement certifié — élément crîtique pour la sécurité des bâtiments en zone tropicale humide.

La charpente métallique préfabriquée et la construction modulaire (Profab)

Via sa marque Profab, Prometal produit des structures métalliques préfabriquées — charpentes de hangars, ossatures industrielles, ponts Bailey — soudées et prépeintures en usine avant livraison sur chantier. Le système de connexion par boulonnage permet un montage rapide sans soudure sur site. Cette approche réduit les délais de construction et élimine les écarts de qualité liés à la soudure de chantier, particulièrement problématiques en milieu humide tropical.

Acteur clé

PRO
Prometal Groupe (depuis 2010)

Fondé par Hayssam El Jammal. Zone industrielle de Douala-Bassa. 5 usines, 230 produits, 2750 emplois, 255 milliards FCFA investïs. Seul groupe d’Afrique subsaharienne hors Nigeria à disposer d’un four à arc électrique. Fournisseur du 2e pont du Wouri, stades Japoma et Olembe, barrage Lom Pangar. ISO 9001 certifié depuis 2014. Lauréat « Prix du leadership en investissements industriels en zone CEMAC » (Finance Week 2025). Marques : Prometal A (acier), Profab (construction métallique), Progaz (bouteilles gaz), Tropic (climatisation), Tik (outillage).

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Impact à Douala

Prometal est le cas le plus abouti d’intégration verticale industrielle privée du Cameroun : de la ferraille recyclée au produit fini certifié ISO. Sa présence a réduit la dépendance aux importations de matériaux de construction, permis le développement d’un réseau de PME fournisseurs et sous-traitants, et positionné Douala comme pôle sidérurgique sous-régional.

⚛  II. L’aluminium

1954 — aujourd’hui D’ALUCAM à Proalu : la filière intégrée

Le Cameroun a la chance rare de disposer d’une filière aluminium quasi-complète : électrolyse (ALUCAM Edéa), laminage et laquage (ALUCAM + SOCATRAL fusionnées), fabrication d’ustensiles (ALUBASSA). Le maillon manquant — la transformation en câbles et bobines — sera bientôt assuré par Proalu (Prometal + ALUCAM).

⭐  La filière aluminium camerounaise : une prouesse industrielle unique

1954 ALUCAM
Electrolyse
Edéa
1960 SOCATRAL
Tôles ondulées
Douala
1961 ALUBASSA
Ustensiles
Bassa
2020 Fusion
ALUCAM+SOCATRAL
Entité unique
2027+ Proalu
Câbles aluminium
Prometal+ALUCAM
🔌  Les technologies de la filière — importées, opérées localement
L’électrolyse de l’alumine — procédé Hall-Héroult (importé, ALUCAM Edéa)

L’aluminium ne peut être extrait de l’alumine (Al2O3) que par voie électrolytique. Le procédé Hall-Héroult (1886) dissout l’alumine dans un bain de cryolithe fondue (à 960°C) dans une cuve d’électrolyse. Un courant électrique continu très intense (140 000 ampères dans les cuves ALUCAM, technologie AP15) décompose l’alumine : l’aluminium métallique se dépose sur la cathode et est siphoné régulièrement. La consommation électrique est énorme (185 MW pour 100 000 tonnes/an) — ce qui explique pourquoi ALUCAM est installée directement sur les chutes d’Edéa.

Le laminage et le laquage : de l’aluminium brut à la tôle coloriée (SOCATRAL/ALUCAM)

Le laminage réduit les lingots d’aluminium primaire en bobines de tôles minces par passages successifs entre cylindres sous pression. La ligne de laquage (démarrée en 2016) applique un revêtement organique (peinture laque) en continu sur les bobines par passage dans des fours de cuisson à haute température. Les tôles ondulées et colorées ALUCAM couvrent des millions de toitures au Cameroun et dans toute l’Afrique centrale.

Proalu (en projet) : câbles électriques et bobines en aluminium

Le projet Proalu (Prometal + ALUCAM) prévoit la fabrication locale de câbles électriques en aluminium et de bobines de tôles. Un câble électrique en aluminium est fabriqué par étirage (réduction progressive du diamètre du fil) et câblage (torsadage de plusieurs fils) sur des lignes d’extrusion et câblage automatisées. La capacité prévue : 2 000 tonnes de câbles aluminium et 6 000 tonnes de câbles cuivre/an — réduisant les 19 milliards FCFA que le Cameroun dépense annuellement en importation de câbles.

Acteurs clés

ALU
ALUCAM — Compagnie Camerounaise d’Aluminium (depuis 1954)

Créée en 1954 (Alum. Pechiney + Etat camerounais), production dès 1957. 100 000 t/an, technologie AP15-140 kA, 185 MW consommés. Etat actionnaire à 93,3% depuis 2014. Fusion avec SOCATRAL en 2020. Partenaire de Proalu (cables, 2027+). Ses opérations se situent à Edéa et Douala.

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ABS
ALUBASSA (depuis 1961)

Rachetée par ALUCAM en 1961, spécialisée dans la fabrication d’ustensiles ménagers en aluminium (casseroles, marmites, assiettes). Sa production à Bassa est la troisième étape de la filière : de l’aluminium primaire d’Edéa aux ustensiles du quotidien des foyers de la sous-région.

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Impact à Douala

La filière aluminium est l’une des plus intégrées d’Afrique — du métal brut aux ustensiles ménagers. Elle alimente directement la construction (tôles), la cuisine (ALUBASSA) et bientôt l’électrification (Proalu). Les tôles ALUCAM/SOCATRAL sont le matériau de toiture le plus utilisé au Cameroun et dans toute la sous-région CEMAC.

🔬  III. Le verre

Contrairement au fer et à l’aluminium, le verre n’a pas été produit industriellement à Douala. Il est entièrement importé — en feuilles, en bouteilles, en miroirs — et transformé localement par des métiers artisanaux ou semi-industriels.

🔌  Les technologies de transformation du verre à Douala
La découpe et le façonnage du verre à vitre (importé, transformé localement)

Le verre à vitre (float glass) est produit par le procédé float : le verre fondu à 1600°C est déposé sur un bain d’étain liquide, où il s’étale en une nappe parfaitement plane de 4 à 12 mm d’épaisseur. A Douala, les vitriers le découpent à la molette (molette en carbure de tungstène qui raye la surface, créant une ligne de rupture), le façonnent à la meuleuse à eau et l’installent dans les menuiseries alu ou PVC des bâtiments.

L’impression UV sur verre : technologie numérique récente (importée)

L’imprimante UV à plat (voir section Imprimerie) permet d’imprimer directement sur le verre des motifs décoratifs permanents. Les encres UV se lient à la surface du verre par photo-polymérisation instantanée sous UV. Les ateliers de décoration de Douala proposent de plus en plus des verres décorés pour cuisines, sdb, façades commerciales et mobilier de bureau.

Le verre trempé et feuilleté pour l’architecture moderne (importé)

Les bâtiments modernes de Douala (tours de Bonanjo, immeubles du secteur bancaire) utilisent du verre trempé (traité thermiquement pour une résistance quatre fois supérieure au verre ordinaire) et du verre feuilleté (deux couches de verre avec intercalaire PVB qui retient les éclats en cas de bris). Ces produits, importés d’Europe et d’Asie, sont essentiellement posés par des entreprises spécialisées en menuiserie aluminiumverre à Douala.

Perspective

Il n’existe pas encore d’industrie de production de verre au Cameroun. Le verre reste entièrement importé. L’émergence de projets industriels structurants à Douala — port de Kribi, projet Proalu — suggère que la création d’une telle industrie est envisageable à moyen terme.

Tableau récapitulatif

Métal 1884 — 1960 1960 — 1999 2000 — auj.
Fer / Acier Forge artisanale, soudage arc, chaudronnerie SCTM (1986) : emboutissage, bouteilles gaz Prometal (2010) : FAE, 230 produits, ISO 9001
Aluminium Importé uniquement ALUCAM (1954/57), SOCATRAL (1960), ALUBASSA (1961) Fusion ALUCAM+SOCATRAL (2020), Proalu (câbles, 2027+)
Verre Importé et découpé localement Vitrage architectural en expansion Impression UV, verre trempé/feuilleté
Technologie clé Soudage arc, forge Emboutissage (SCTM), électrolyse (ALUCAM) Four à arc (Prometal), laquage (ALUCAM)
Mot-clé Artisanat Industrialisation première Excellence sous-régionale

Page élaborée à partir des archives de La Mémoire du Cameroun — Osidimbea.cm
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